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Azimut_Couverture

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Azimut brutal (Christophe Dabitch)

Christophe Dabitch nous offre une déambulation le long du 45e parallèle, qui traverse la Dordogne de part en part, à égale distance de l’Équateur et du pôle Nord. Une ligne à la fois imaginaire – aucun tracé ne la matérialise – et réelle, comme le savent les géographes et les astronomes. Une ligne de frontière invisible.

Et au débouché de plusieurs jours de marche en compagnie de trois camarades, il nous propose ce texte, tout autant poésie, reportage, souvenirs d’autres marches en d’autres lieux, que méditation sur le paysage et ceux qui le fabriquent.

          Christophe Dabitch est né en 1968; il est l’auteur de nombreux récits et scénarios de bande dessinée.

Parution : 16 novembre 2018.

ISBN : 978-2-9545163-8-7 ; EAN : 9782954516387

136 p. ; noir et blanc ; 12 x 17cm ; rabats.

Prix TTC: 14€ ; jusqu’au 15 novembre, prix spécial de souscription : 9€ (+1 € de port).

“Un chemin que presque personne n’emprunte, le long de l’autoroute. Un grillage, des arbres et des taillis nous séparent des camions et voitures dont le sifflement chuintant et le long souffle mat s’éparpillent à travers les branches.

Là, au bord d’une mare, un insecte de forme inconnue – carapace verte pyramidale – grimpe avec méthode sur la tige d’une herbe fine qui ploie légèrement sous son poids. Il s’élève.

Quand il parvient au sommet, il oscille dans le vent léger, attend un instant, perplexe, puis redescend. À la base de la tige, il marque une pause, fait demi-tour et reprend son chemin vers les hauteurs. Ainsi fait-il chaque jour, inlassablement, au bord de la mare près de l’autoroute.”

Description du produit

Christophe Dabitch nous offre une déambulation le long du 45e parallèle, qui traverse la Dordogne de part en part, à égale distance de l’Équateur et du pôle Nord. Une ligne à la fois imaginaire – aucun tracé ne la matérialise – et réelle, comme le savent les géographes et les astronomes. Une ligne de frontière invisible.

Et au débouché de plusieurs jours de marche en compagnie de trois camarades, il nous propose ce texte, tout autant poésie, reportage, souvenirs d’autres marches en d’autres lieux, que méditation sur le paysage et ceux qui le fabriquent.

(graphisme de couverture : Debora Bertol)

Extrait :

La ligne droite s’avère impossible. Elle existe sur les cartes mais pas pour nous, marcheurs pourtant guidés par cet impératif dont la gratuité nous laisse espérer des surprises. Comme si nous progressions sur un fil tendu, nous cherchons à suivre au plus près un tracé invisible mais la nature et l’activité des hommes rendent inévitables les contournements et les détours. Ce qui est cohérent et intangible dans le ciel ne peut s’appliquer sur terre, c’est ainsi. Le 45e parallèle nord est une ligne tortueuse.

La contrainte forçant la réflexion, il apparaît qu’en allant droit, nous tentons toujours de tuer quelque chose de possible. La ligne droite rassure tant on est persuadé qu’elle est le plus court chemin. Elle évite les angoisses de l’imprévu que l’on prête aux détours, elle est le comble de la sensation de maîtrise et sans doute la plus sourde à ce qui l’entoure. En amour, celui qui va le plus droit est celui qui s’égare le plus, dit une vieille histoire irakienne. Paradoxalement, alors qu’elle semble incarner le temps gagné, la ligne droite révèle la mort avec plus de force là où la sinuosité, avec ces détours qui sont peut-être l’essence même du voyage, joue à ne pas laisser voir le bout du chemin.

En avion, si c’est n’est l’explosion ou d’éventuelles rencontres en suspension, il ne se passe rien. Malgré les surprises météorologiques, ces grandes carcasses remplissent le plus parfaitement la conception utilitaire d’un tracé rectiligne avant tout économique même si dans les airs comme sur les océans, du fait de la rotondité, la ligne courbe est plus courte que la ligne droite. Durant la marche, depuis les forêts et les champs, le sillage blanchâtre et silencieux des avions dessine parfois dans le ciel notre droite parallèle à la perfection.

Tout comme les trains qui filent, les autoroutes, avec leurs aires de repos en étranges frontières et ponctuations, obéissent à la même logique utilitariste. Au-delà de notre plaisir enfantin de braver le danger, le jour où nous traversons une double voie rapide à pied, précisément à l’endroit où le 45e la croise à la perpendiculaire, comme l’atteste un grand panneau à destination des conducteurs, la ligne de bitume apparaît monstrueuse. Cette grande saignée bleue dans le paysage se révèle un espace fermé sur lui-même dont les seuls contacts avec l’environnement sont les grands panneaux identiques signalant par des dessins simplifiés les lieux d’exception à proximité. L’autoroute semble soudain un univers habité par des insectes métalliques rivés au sol qui bourdonnent au loin puis vrombissent dans un souffle sans que l’on n’ait pu identifier un visage.

Que provoque ce grand panneau chez les automobilistes, du moins ceux qui n’y sont pas habitués ? Ils sont concentrés sur leur trajectoire, la mécanique et les bruits de la voiture bercent le cerveau ; ils ont les yeux mi-clos et, rêveurs, laissent leur imaginaire ou leur mémoire flotter dans le défilement ; ils écoutent la radio, de la musique, des paroles ; ils regardent leur téléphone, répondent en articulant exagérément. Ils sont passivement en mouvement, assis en déplacement. Voilà longtemps sur un âne, aujourd’hui dans le métal. Soudain des chiffres et des mots traversent leur champ de vision, sur un grand panneau ils voient de loin le chiffre 45 qu’ils ont le temps de relire plusieurs fois avant qu’il ne disparaisse. Le ciel invisible tombe en silence dans la voiture, une ligne qu’ils franchissent se matérialise dans leur esprit, ils traversent une frontière dont personne ne s’occupe. À quoi pensent-ils ?

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